Dans cet article Dans cet article
- Le Bernin architecture : un sculpteur qui pense en volumes
- Colonnade de Saint-Pierre : la place qui réinvente l’espace public
- Baldaquin et Scala Regia : l’intérieur devient une scène
- Églises à plan ovale et palais romains : l’art de la contrainte
- Fontaines, obélisques et perspectives : la ville comme décor
- De la Renaissance au baroque : ce que le Bernin déplace
- Idées reçues et erreurs de lecture sur l’architecture du Bernin
- Regarder le Bernin aujourd’hui : quelques repères concrets
- Le Bernin était-il d’abord sculpteur ou architecte ?
- Pourquoi la colonnade de Saint-Pierre est-elle étudiée comme une œuvre d’urbanisme ?
- Quelle différence essentielle sépare le Bernin de Borromini ?
- Le voyage du Bernin en France a-t-il laissé une trace architecturale ?
- Quels lieux de Rome voir en priorité pour comprendre son architecture ?
Le Bernin architecture renvoie à l’œuvre de Gian Lorenzo Bernini (1598-1680), sculpteur italien devenu l’architecte le plus influent de Rome au XVIIe siècle. Trois repères suffisent pour situer sa manière :
- il conçoit un édifice comme une sculpture, avec des volumes, des ombres et des passages ;
- il met en scène le spectateur, dans une église, une place ou un escalier ;
- il fusionne les arts, sculpture, architecture, peinture et lumière, sous le nom de bel composto.
Autrement dit, son architecture ne se comprend pas seulement au sol, mais avec le corps en mouvement.
Le Bernin architecture : un sculpteur qui pense en volumes
Gian Lorenzo Bernini naît à Naples en 1598 et grandit à Rome dans l’atelier de son père Pietro, sculpteur lui aussi. Sa culture première n’est pas celle d’un architecte de traité, mais celle d’un praticien du marbre, habitué à négocier avec un bloc, une lumière et un point de vue. Cette origine pèse sur toute sa production : il conçoit un édifice comme une masse à modeler, avec des creux, des avancées et des transitions qui obligent le regard à circuler.
Sa méthode tient dans une formule qu’il emploie lui-même, le bel composto, soit l’union des arts dans un même effet. Sculpture, architecture, peinture, stuc, dorure et lumière travaillent ensemble, sans hiérarchie apparente. La préparation n’a rien d’abstrait dans son atelier : anatomie dessin pratiquée d’après le modèle, copie des antiques, étude du drapé et du mouvement. Le corps humain reste l’unité de mesure, même quand il s’agit de dresser une colonnade ou de percer une voûte.
Colonnade de Saint-Pierre : la place qui réinvente l’espace public
Commandée par Alexandre VII, la colonnade de la place Saint-Pierre occupe le Bernin de 1656 à 1667. Le dispositif impressionne moins par sa masse que par son ouverture : quatre rangées de colonnes doriques, environ 284, hautes d’une quinzaine de mètres, portent une balustrade couronnée de statues de saints. L’ensemble se déploie en deux bras qui épousent une ellipse d’environ 240 mètres de large, sans jamais fermer complètement l’espace.
La comparaison que le Bernin propose lui-même éclaire le projet : ces deux ailes ressemblent aux bras d’une mère qui accueille. On passe d’une architecture fermée, celle du sanctuaire, à une architecture d’accueil, celle de la ville. L’obélisque, dressé au centre, sert de pivot visuel et de repère pour le pèlerin qui arrive. Il faut mesurer la nouveauté : une place n’est plus un simple dégagement devant un monument, elle devient une séquence, avec une entrée, un rythme et un point de fuite.
Baldaquin et Scala Regia : l’intérieur devient une scène
Avant la colonnade, le Bernin avait signé une œuvre qui résume son approche, le baldaquin de bronze de la basilique Saint-Pierre, réalisé entre 1624 et 1633. Haut d’environ 29 mètres, il repose sur quatre colonnes torses ornées de branches de laurier et d’abeilles, emblème des Barberini. Le bronze, matériau de la sculpture, devient ici élément d’architecture, et le baldaquin de procession se transforme en structure monumentale posée sur la tombe de l’apôtre.
Art Pixel art facile mignon : idées simples à reproduire
Le même principe gouverne la Scala Regia, l’escalier d’honneur qui relie la basilique aux palais pontificaux. Le Bernin corrige un passage étroit et irrégulier par une succession de colonnes jumelées, une voûte en trompe-l’œil et une lumière qui décroît progressivement. La montée s’accompagne d’une impression de profondeur croissante. Le spectateur ne traverse pas un couloir, il joue un rôle dans une mise en scène.
Églises à plan ovale et palais romains : l’art de la contrainte
Sant’Andrea al Quirinale, achevée en 1670, adopte un plan ovale dont l’axe principal est transversal. Le visiteur entre par le côté, découvre l’autel de biais, et la coupole semble s’ouvrir au-dessus de lui. Le petit édifice montre une compétence rare : faire tenir une dynamique dans une surface réduite, avec des marbres polychromes et un dôme qui n’écrase jamais l’espace intérieur.
La même intelligence du terrain se lit dans les palais. Au palais Barberini, il travaille aux côtés de Carlo Maderno puis de Borromini, et l’avant-corps avec son grand escalier témoigne d’une habileté à insérer un corps de logis dans un tissu urbain dense. Le palais Chigi et le palais Montecitorio, à des degrés divers, illustrent ce travail d’ajustement : une façade n’est jamais un placage, elle compose avec la rue, la pente et la lumière disponible.
Fontaines, obélisques et perspectives : la ville comme décor
Avec la fontaine des Quatre-Fleuves, achevée en 1651 sur la place Navone, le Bernin transforme un rocher de travertin en support allégorique. Quatre figures assises représentent les grands fleuves du monde connu, le Nil restant voilé car sa source demeurait inconnue. L’obélisque placé au sommet donne à l’ensemble son élan vertical, et la place entière, avec ses autres fontaines, devient une composition à parcourir à pied.
La fontaine du Triton et la fontaine des Abeilles montrent la même attention portée au son et au mouvement de l’eau. La sculpture ne décore pas le jet, elle le dirige, le divise, l’accompagne. Cette conception de la ville, où chaque point de vue est calculé, explique une grande part de l’urbanisme romain des décennies suivantes.
De la Renaissance au baroque : ce que le Bernin déplace
Pour comprendre ce basculement, il est utile de revenir aux générations précédentes. Chez Les peintres de la Renaissance- une période de grands changements en matière d’art, la composition repose sur une géométrie lisible, un point de fuite unique et un équilibre stable. Le Bernin hérite de ces acquis, mais il les met en tension : lignes courbes, diagonales, effet de surprise, énergie contenue puis libérée.
Chez lui, la règle n’est pas abandonnée, elle sert de point de départ à une déformation calculée. Une corniche se courbe pour suivre un mur oblique, un plan se creuse pour ménager une sacristie, une colonne s’engage dans un pilier. Il en résulte une architecture qui se laisse mal saisir depuis un seul point de vue, parce qu’elle a été pensée pour un corps qui avance.
Idées reçues et erreurs de lecture sur l’architecture du Bernin
Quelques confusions reviennent souvent et faussent la lecture de ses bâtiments.
Art Techniques de peinture artistique : acrylique, huile et aquarelle
- Attribuer la façade de la basilique Saint-Pierre au Bernin : elle est l’œuvre de Carlo Maderno, même si le Bernin intervient ensuite dans l’espace qui la précède.
- Réduire l’artiste à un décorateur : ses solutions structurelles, escaliers, coupoles ovales, raccords de voûtes, sont d’abord des réponses techniques.
- Confondre le Bernin et Borromini : les deux hommes se sont opposés, et leurs écritures diffèrent profondément, l’un privilégiant la courbe pleine et la scénographie, l’autre les géométries combinées et les tensions angulaires.
- Croire que son projet pour le Louvre a échoué par incompétence : le voyage parisien de 1665 relève aussi de rapports de force politiques et culturels.
Regarder le Bernin aujourd’hui : quelques repères concrets
La première consigne est de bouger. Faites le tour d’une colonne, montez quelques marches, reculez de dix pas : l’œuvre change à chaque déplacement, et c’est précisément l’effet recherché. La deuxième consiste à observer la lumière, zénithale dans les églises, rasante en fin de journée sur les fontaines. Le Bernin sculpte avec elle autant qu’avec le bronze.
Si vous rapportez un tirage de Rome, l’accrochage compte autant que le cadre. Un support mural comme Le rail discret qui transforme vos murs en espace d’exposition permet de déplacer une image sans repercer la cloison, avantage appréciable lorsqu’on hésite entre deux formats. Pour le fond, mieux vaut un ton mat et sobre, à la manière de la couleur ral 7022, qu’un blanc brillant qui écrase les gris du travertin.
Reste la question du temps. Trois siècles plus tard, Zoom sur la série Waterloo Bridge de Claude Monet rappelle qu’un même motif peut être repris jusqu’à l’épuisement pour capter une atmosphère. Le Bernin procède autrement, mais avec la même obsession : faire sentir dans la pierre ce qui est instable, l’air, l’eau, la lumière.
Le Bernin était-il d’abord sculpteur ou architecte ?
Il se forme comme sculpteur dans l’atelier de son père et reste toute sa vie un praticien du marbre. L’architecture arrive ensuite, portée par les commandes pontificales et par sa capacité à organiser un espace entier, mais sa manière garde la trace de cette origine : volumes modelés, jeux d’ombre, souci constant du point de vue.
Pourquoi la colonnade de Saint-Pierre est-elle étudiée comme une œuvre d’urbanisme ?
Parce qu’elle ne se contente pas de border une place. Elle crée un parcours, cadre l’obélisque et la basilique, et installe une transition entre la ville et le sanctuaire. Les quatre rangées de colonnes gardent l’ensemble ouvert, ce qui permet à la foule de circuler et au regard de traverser les colonnes.
Quelle différence essentielle sépare le Bernin de Borromini ?
Le Bernin compose par masses et par effets, avec des courbes pleines et une forte dimension théâtrale. Borromini travaille davantage par géométries combinées, angles rentrants et surfaces tendues, dans une recherche plus abstraite. Leur rivalité a nourri une bonne part des débats artistiques du XVIIe siècle romain.
Le voyage du Bernin en France a-t-il laissé une trace architecturale ?
Son projet pour le Louvre n’a pas été réalisé, mais son passage à Paris en 1665 a marqué les esprits par sa stature et par les échanges qu’il a suscités. La colonnade finalement construite au Louvre doit beaucoup à d’autres concepteurs, et la comparaison entre les deux partis reste un classique de l’histoire de l’art.
Quels lieux de Rome voir en priorité pour comprendre son architecture ?
La place et la basilique Saint-Pierre, l’église Sant’Andrea al Quirinale, la place Navone avec la fontaine des Quatre-Fleuves, puis la Scala Regia au Vatican. Ces quatre étapes couvrent l’urbanisme, l’église à plan ovale, la fontaine monumentale et l’espace intérieur scénographié.