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Comprendre L’Abstraction
ou l’Art Abstrait.
La lisibilité d’une
œuvre figurative : un paysage, un portrait ou une scène de genre, ne pose
aucun problème. Le spectateur dispose de repères suffisants qui sont
autant de jalons qui lui permettent de bien appréhender le sujet du
tableau, l’espace pictural, la perspective et tous les éléments qui
composent la toile. L’Art Abstrait abandonne tout rapport avec la
réalité visible. La ligne et la structure remplacent l’objet
représenté. Ainsi que l’Abstraction soit d’un type géométrique ou de
l’expressionnisme abstrait les rapports avec l’objet sont rares et
parfois totalement supprimés. Pour comprendre l’Art abstrait il est
nécessaire de remonter à son origine et à ses premières sources. Paul
Cézanne en introduisant petit à petit dans ses œuvres des « formes –
couleurs » est le premier à indiquer que le visible peut se réduire à
des formes géométriques élémentaires. Picasso et Braque vont pousser la
démarche de Cézanne jusqu’au bout, jusqu’à sa conséquence ultime. La
première inspiration de l’art abstrait sont les formes couleurs de Paul
Cézanne la seconde influence provient de la sculpture africaine. Entre 1900
et 1905 Paul Cézanne réalise Les Grandes Baigneuses. Ce thème est
familier aux grands peintres et a été abordé par Ingres, Renoir et bien d’autres…Dans
la toile de Cézanne, un peu à la manière impressionniste, les visages
sont simplement esquissés. L’interprétation de Pablo Picasso en 1907 de
la toile de Cézanne,Les Demoiselles d’Avignon est considérée comme la
première toile abstraite. Les visages ne sont pas esquissés, ils sont
stylisés à la manière des sculptures et des masques africains.La forme
est réduite à des éléments fondamentaux : ovales, cercles, carrés,
triangles...
Afin de mieux comprendre
prenons pour exemple une autre toile de Paul Cézanne, Les Joueurs de Cartes
(1892). Réduisons les visages, les corps, et les objets à des formes
géométriques simples et de même avec le décor. Au final nous obtenons la
déclinaison abstraite d’un tableau figuratif. En 1910 lorsque Picasso
réalise le Portrait d’Ambroise Vollard il
applique une déformation géométrique à l’image qui fait que le
personnage semble vu au travers d’un prisme ou d’un miroir brisé. L'art
abstrait brise les formes mais il fixe aussi dans une seule image plusieurs
points de vue différents du même objet. Dans l'espace et le temps...
Au départ l’art abstrait
est simplement réduit au cubisme analytique qui est destructeur car il fait
abstraction de la forme, de la couleur et de la figuration. Dans la toile
Paysage (1908) de
Georges Braque on reconnait en effet un paysage abstrait mais personne ne
peur définir de quel endroit il s’agit… De même il est heureux que l’œuvre
Violon et Cruche (1910) du même Braque possède un tel titre car le
spectateur reconnait en effet les deux objets. Mais pouvez-vous identifier
les autres ?
Entre 1912 et 1919 le
cubisme s’oriente vers une période synthétique et révèle le peintre
Juan Gris. Les artistes introduisent le collage dans les œuvres…
Dans Nature Morte à la Chaise Cannée (1912) Picasso utilise un véritable
morceau de toile cirée.
Le cubisme analytique est une analyse du sujet, le cubisme synthétique
devient une insertion d’objets les uns dans les autres. Par le biais du
collage, papier journal, papier faux-bois, la
réalité revient en force dans les œuvres. Ces fragments de réalité sont
des trompe-l'œil ou des métaphores des objets représentés.
Braque et Picasso et même Fernand Léger et Juan Gris simplifient leur
cubisme. Les plans sont moins nombreux, plus amples, ils s'imbriquent dans
des structures plus lisibles, plus aérées, dans lesquelles la couleur est
réintroduite et devient indépendante de la forme. Néanmoins une nature
morte de Paul Cézanne n’a plus rien à voir avec sa copie par Pablo
Picasso. Déjà la Tour Eiffel de Robert Delaunay qui caractérise la
période destructive du peintre est d’un cubisme coloré qui annonce
déjà l'orphisme qui est un cubisme où la couleur domine. Même Fernand
Léger dans sa Période Mécanique laisse beaucoup de place à la couleur.
L’œuvre de Wassily Kandinsky illustre une abstraction empreinte d’effusion
(Avec l’arc noir, 1912), elle représente les artistes du Blaue Reiter,
groupe expressionniste dont il est le chef de file à Munich.
Jaune-Rouge-Bleu (Wassily Kandinsky), tableau de Wassily Kandinsky,
réalisé en mars 1925.
Kazimir Malevitch propose avec Composition suprématiste (1915) un
assemblage de formes géométriques élémentaires colorées se détachant
sur un fond blanc, ses œuvres illustre la volonté d'abstraction radicale
vers laquelle se tourne l'artiste, désireux de créer un monde sans objet
à partir de 1914. Il veut mettre en exergue dans son art, les rapports et
les pressions existant entre les formes et l'espace environnant.
L’abstraction de Piet Mondrian s’élabore à partir d’une grille
cubiste, réduite à une opposition entre des verticales et des horizontales
qui encadrent des plans de couleur pure.
En 1920, Piet Mondrian crée sa première composition de lignes noires
perpendiculaires, celle-ci enveloppe dans une grille asymétrique des plans
de couleurs primaires (jaune, rouge, bleu) et de non-couleur (blanc, noir,
gris). Il donne à son nouveau langage pictural le nom de néoplasticisme,
il en théorise les fondements dans la revue De Stijl. En
Russie, après avoir été le principal représentant du futurisme,
Malevitch rompt de façon radicale avec la figuration et exhorte au
monochrome : Carré noir (1915) et Carré
blanc sur fond blanc (1918) il cherche : « une philosophie de la création
picturale qui parvient au sans-objet et à l’absolu » : le suprématisme,
un mouvement radical qui trouve un écho et un prolongement en Pologne avec
l’Unisme (1923-1934) de Wladislaw Strzeminsky. Parallèlement, Vladimir
Tatline crée avec ses reliefs abstraits la première formulations du
constructivisme (1917-1932).
En opposition aux abstractions constructivistes se développe une
abstraction à la formes souple et généreuse inaugurée par les reliefs de
Jean Arp à la fin des années 1910 et reprise également par des artistes
comme Joan Miró et Alexander Calder en sculpture.
Theo Van Doesburg, d’abord adepte du néo-plasticisme, renouvelle de
manière décisive l’art abstrait en chassant de toute création
artistique la subjectivité au profit du respect de règles logiques. Son
Manifeste de l’art concret (1931) donne naissance à la tendance du même
nom ou Art Concret. Cette tendance possèdent d’importants développements
en Suisse avec Max Bill et Richard-Paul Lohse, en France avec François
Morellet et dans toutes les formes d’art systématique. Ces voies s’opposent
aux divers mouvements tachiste, nuagiste de Benrath et Duvillier et à la
tendance gestuelle. Tout ceci correspond aux prolongement des différentes
écoles de Paris J. Bazaine, A Manessier, P. Soulages, G. Mathieu, O. Debré…C’est
aux États-Unis que la tradition abstraite trouve un développement décisif
à la fin des années quarante avec l’action painting ou l’art informel
: Jackson Pollock, Willem de Kooning, Franz Kline et l’abstraction color
field : Barnett Newman, Mark Rothko, Clyfford Still, 2 mouvements
regroupées sous le nom d ’École de New York (1950-1960). En substituant
l’image à la création d’un événement, Jackson Pollock tire la
peinture vers la performance. En réaction, l’art minimal à partir de
1960 offre un retour à la rigueur avec un intérêt marqué pour la
structure et la géométrie : Franck Stella, Agnès Martin .En Europe l’aventure
cinétique et optique (1965-1978) remet en question les certitudes de l’abstraction
géométrique des années trente de l’ Abstraction-Création, en
introduisant le facteur mouvement Vasarely, Morellet, Soto.
L’abstraction reste toujours présente dans la création contemporaine, on
peut voir des toiles géométriques ironiques comme celles de Peter Halley
(1980). Celui-ci interprète le découpage géométrique comme ayant une
signification carcérale, il représente le mouvement Néo-Géo qui
réintroduit l’idée de figuration au sein même d’un dispositif
présenté comme le comble de l’abstraction. Il se livre même à un jeu
de citation, les deux carrés de Two cells (1987) présentent une forte
similitude avec ceux de Vir heroicus sublimis (1950-1951) de Barnett Newman
ceci met en évidence l’absence de renouvellement de la peinture
abstraite. Claude Viallat continue en France les démonstrations de Support
/ Surface, Alain Clément répète la tradition coloriste abstraite,
Dominique Gauthier la virtuosité gestuelle et symbolique. Il semble que la
jeune génération manifeste un regain d’intérêt pour un art optique.
Mais certains déclarent encore que la peinture abstraite est dans une
impasse…
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